Homélie Marche Aumônerie 2009

On parle beaucoup ces jours-ci du film de Nicolas Hulot, le syndrome du Titanic. Lui-même explique ce titre en faisant référence au naufrage légendaire de ce bateau réputé insubmersible. Alors que le navire sombrait, insouciants, les passagers continuaient de faire la fête. Ainsi le cinéaste veut voir le même phénomène au niveau de notre terre… Nous allons vers le naufrage et la majorité des populations s’en moque.

 

Il y a une grande urgence, en effet, à redonner toute sa place à la défense de l’environnement. Pourtant, à la lecture des textes que nous venons d’entendre, on se rend compte que les fondements chrétiens de cette protection de la nature diffèrent sensiblement des courants actuels.

 

Nous ne redoutons pas, nous chrétiens, que le ciel nous tombent sur la tête… Si c’était un jour le cas, nous trouverions simplement que c’est là une manière bien particulière de rejoindre le ciel…

 

Ce qui nous motive dans le respect de l’environnement, ce n’est pas une préservation craintive d’un bien définitivement acquis. Comme le dit St Paul dans ce texte, nous constatons au contraire que la création n’est pas achevée, qu’elle crie sa souffrance d’un enfantement qui dure encore… Ainsi, nous ne croyons pas que nous marchons vers un anéantissement général du vivant mais bien plutôt vers une naissance, un achèvement d’une œuvre en croissance.

 

Cela donne tout son sens à notre présence dans l’univers… Nous œuvrons, non pas à sauvegarder un patrimoine, mais nous collaborons à une œuvre qui est en train d’être exécutée. Nous ne sommes pas gérant mais nous sommes dedans, créature nous-mêmes. Attendant, en nous même, cet achèvement. « Nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps. »

 

Ce qui nous distingue donc du discours écologique à la mode, c’est bien que notre espérance ne s’arrête pas à ce monde, aussi beau soit-il. La nature n’est pas pour nous une déesse, ni une mère nourricière, ou je ne sais quoi d’autre. Disciples du Christ, nous n’avons pas mis notre espérance en ce monde seulement car nous serions alors les plus à plaindre de tous les hommes… Chrétiens, nous attendons des cieux nouveaux et une nouvelle terre, celle même qui se prépare ici et maintenant.

 

La beauté de ce monde nous renvoie à la grandeur de celui qui l’a créé et qui, au centre a placé l’homme. Car, ce qui est très gênant aussi dans certaines idéologies, c’est justement la place de l’homme qui ne semble être qu’un mammifère parmi d’autres, un animal savant certes, mais rien qu’un animal quand même… 

 

Or, la révélation chrétienne nous dit que l’homme est la seule créature que Dieu ait voulue pour elle-même. Dieu n’a pas créé les toutous et les poissons rouges à son image. Il a créé l’homme à son image. Et plus encore, par amour, il est lui-même devenu sa créature. A la crèche, Dieu n’est ni dans l’âne, ni dans le bœuf. Il est homme au milieu des hommes. Il a revêtu notre condition d’homme !

 

Voilà notre incomparable dignité. Dieu, par son fils, nous a rendus capable de lui, il nous a ouvert sa propre vie. La beauté ne nous est plus une réalité extérieure mais, par le Christ, tout homme désormais révèle la gloire du créateur.

 

Cette dignité, que nous portons dans des poteries sans valeur, nous dit ce que nous sommes. Nous sommes de la race de Dieu. Chacun de nous est rendu capable d’une relation intime avec son créateur… Une relation que nous sommes appelés à faire grandir, une intimité dont il ne dépend que de nous qu’elle éclose… Ainsi le disciple du Christ ne se contente pas d’un minimum… Celui qui veut vivre doit permettre à la source de vie de couler en lui, sinon il vivote.

 

Laisser la source couler en lui signifie qu’il veut plus que quelques repères. Celui qui veut vivre ne peut pas se contenter de simplement respecter des valeurs ou des principes pour vivre confortablement. Le disciple du Christ ne craint pas de porter du fruit… Il ne craint pas d’être consumé d’amour. Non seulement il ne le craint pas mais, même, il le recherche car il sait que c’est là la source du bonheur. La source même de toute vie. Sans l’amour, nous n’avons rien. Sans l’amour, nous ne sommes rien. Amen.

Aumonier MONNIER

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