Textes à méditer

Quelques textes à méditer ...

« Nous sommes venus l’adorer »

 

À quelle étoile se vouer quand, même notre bonne vieille planète semble perdre la boule ? Justement, en voici une, et non des moindres ! Car pour être biblique, l’astre qui conduisit les mages à Bethléem n’en est pas moins actuel. Sommes-nous prêts pour le voyage ?

Une catéchèse de Mgr Louis Sankalé

Dieu fait signe

C’est dans un environnement qui leur est familier, que les mages perçoivent un signe. Dieu les rejoint dans ce qu’ils vivent. C’est ainsi que Pierre, un jour, quittera ses filets et Matthieu sa table de collecteur d’impôts. Le Seigneur se fait proche pour se faire reconnaître. Il se sert, pour faire signe aux mages, d’un langage qu’ils connaissent bien : celui des étoiles, ces astres vivants de l’antiquité, ces compagnons célestes qui permettaient aux caravanes de traverser les déserts sans s’écarter de la route de l’or, de la route de l’encens ni de celle de la myrrhe. Les produits transportés donnaient leurs noms aux trajets, comme on parle aujourd’hui encore de la route du rhum.

Pour moi aussi, le Seigneur ne cesse de faire signe. Rien de ce que je vis ne lui est indifférent. Chaque jour m’offre des traces de son passage. Ce voisin rencontré dans l’ascenseur, cette lettre qui n’arrive pas, ce film qui pose tant de questions, cette panne qui a tout bousculé... Décidément, l’imprévu s’invite par d’étranges chemins. Parfois ça fait « tilt ». Alors je fais un pas, puis deux. Voyons cela de plus près. Un peu comme Moïse devant le buisson ardent (son étoile à lui était à portée de main, mais elle allait le faire marcher plus longtemps que les mages). Puisque Dieu fait signe, je veux en avoir le cœur net.

Me mettre en route

Les astrophysiciens n’ont pas fini de s’interroger au sujet de cette fameuse étoile qui conduisit les mages à Bethléem. Ce qui est sûr, c’est que depuis l’exode, il existait une prophétie messianique évoquant « l’astre de Jacob », et que cette étoile-là occupait une place bien réelle dans le ciel des Écritures (Nb 24,17). Le premier qui en parla fut Balaam, une sorte de prophète-malgré-lui dont la figure aussi pittoresque qu’énigmatique n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle des mages qui, sans le nommer vraiment, feront sensation à Jérusalem en récitant son oracle douze siècles plus tard.

Ayant été identifié, le signe doit devenir signal, panneau signalétique m’indiquant Le chemin. À quoi me servirait d’allumer une lampe, si je la cachais dans un tiroir ? Si je veux qu’elle éclaire la maison, je dois la placer sur un lampadaire. Plus haute elle est placée, dit l’Évangile, plus elle brille loin, que ce soit depuis le sommet d’une montagne, ou, plus haut encore, comme aujourd’hui, du firmament des cieux. Pas étonnant que, depuis vingt siècles, sa clarté continue d’éclairer la foule des chercheurs de Dieu auxquels l’Esprit veut me joindre. Suis-je prêt à partir ?

Ensemble

Nous ignorons le nombre des mages. L’Écriture ne nous dit ni qu’ils étaient trois, ni qu’ils étaient rois. Pour les représenter la tradition s’est sans doute appuyée sur le nombre des présents : l’or (pour la royauté), l’encens (pour la divinité) et la myrrhe (en signe d’immortalité). La Bible nous dit cependant quelque chose d’essentiel en parlant d’eux au pluriel.

Même si leur démarche implique chacun d’eux à titre personnel, elle n’en reste pas moins une aventure collective. Il en va de même dans notre vie chrétienne. Nous avons tous entendu dire qu’un chrétien isolé était un chrétien en danger, ou qu’un pas fait ensemble valait mieux que dix pas faits tout seul. Mais il faut aller plus loin. Le cortège des mages met en évidence l’universalité du message de Bethléem. L’évangéliste Mathieu nous offre ici une sorte de Pentecôte avant l’heure. Tous les peuples sont là, en la personne des mages. La Mère de Jésus est explicitement mentionnée. L’Esprit Saint est à l’œuvre. Approchons. Point de flammes, mais une étoile. En ce premier Cénacle, accueillons, chacun dans notre langue, le message d’amour du Verbe fait chair qui ne dit rien encore.

La motivation

Dans la parabole de l’enfant prodigue, quel est le déclic qui pousse le fils à se mettre en route ? C’est le souvenir du pain qui surabondait dans la maison paternelle. Il marche le ventre creux et les mains vides. Il découvrira bientôt que le plus beau cadeau qu’il pouvait offrir à son père, c’était son retour si longtemps attendu. À l’inverse, les mages ont les mains pleines de présents. Et pourtant, eux aussi éprouvent un manque qui les tenaille au point qu’ils suivront l’étoile jusqu’au bout.

Leur marche est soutenue par une soif ardente : ils veulent rendre hommage au roi des Juifs qui vient de naître. Eux aussi ne seront vraiment comblés que lorsqu’ils parviendront à Bethléem, dont le nom signifie «la maison du pain ». Ce sera l’heure, pour eux comme pour moi, de prendre place dans ce que la liturgie de Noël décrit comme un « admirable échange » : Dieu se fait homme pour que je devienne son enfant. Tout ce qu’il a m’appartient.

Adorer Dieu

Les mages affirment qu’ils sont venus pour adorer le Roi dont ils ont vu l’astre se lever. Une telle affirmation, de même que l’offrande de l’encens, évoque clairement la divinité du Nouveau-né. L’adoration, en effet, est un culte réservé à Dieu seul. L’emploi de ce mot à propos de la « soul music », du nougat ou des caniches, pour ne prendre que quelques exemples, est abusif. Il est urgent de lui rendre son statut divin.

Le premier commandement nous demande de n’adorer que Dieu, c’est-à-dire le reconnaître comme Dieu, comme le Créateur et le Sauveur, le Seigneur et le Maître de tout ce qui existe, l’Amour infini et miséricordieux. " Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c’est à lui seul que tu rendras un culte " (Lc 4, 8) dit Jésus, citant le Deutéronome (6, 13).

Dès lors qu’elle fait l’objet du premier commandement que Dieu nous donne, l’adoration est aussi le premier cadeau qui nous est fait. En effet, le mot important, ici, est le verbe «donner », qui renvoie toujours à l’Esprit Saint. Grâce à l’adoration, nous demeurons tournés vers Dieu dans la prière et aussi dans toute notre vie.

L’année de l’Eucharistie nous conduit à adorer le Corps et le Sang de Jésus, sacramentellement présent sous le signe du pain et du vin. L’adoration du Saint Sacrement - qui prend place en dehors de la Messe elle-même - sera toujours vécue en lien avec celle-ci. « Tu vois, me dit Jésus, ce que j’ai fait du pain que tu m’as offert ce matin ? Veux-tu que je fasse la même chose de toi ? Alors, reviens communier demain... »

« Adorer Dieu, c’est, dans le respect et la soumission absolue reconnaître le " néant de la créature " qui n’est que par Dieu. Adorer Dieu, c’est comme Marie, dans le Magnificat, le louer, l’exalter et s’humilier soi-même, en confessant avec gratitude qu’Il a fait de grandes choses et que saint est son nom (cf. Lc 1, 46-49). L’adoration du Dieu unique libère l’homme du repliement sur soi-même, de l’esclavage du péché et de l’idolâtrie du monde » (Catéchisme, 2097).

Le retour par un autre chemin

Quand vient pour eux l’heure de repartir, les mages empruntent un autre chemin qu’à l’aller. Ils évitent de passer par Jérusalem. La rencontre de l’Enfant de Bethléem demeure pour chacun une source inépuisable de conversion et de renouvellement du cœur. La transformation intérieure qu’elle implique m’amènera à prendre un autre chemin. Celui-ci sera « autre » dans la mesure où je m’y engagerai sous la conduite de l’Esprit Saint qui fait toutes choses nouvelles (Rm 8,14).

« Seigneur, donne-moi de te chercher avec le désir de te trouver, et de te trouver avec le désir de te chercher encore »

 
(Saint-Augustin)

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